12 février 2014

Séjour en Sicile - juillet 2012 - La "Via del Sale" de Trapani à Marsala

Séjour en Sicile - juillet 2012 - La "Via del Sale" de Trapani à Marsala

16 juillet : Nous sommes maintenant sur la côte Ouest de la Sicile, où nous logeons dans une hacienda agricole entre Erice et Trapani. Notre logement est bien le meilleur que nous ayons eu de tout le séjour, dans un cadre de verdure entouré d'oliviers et d'orangers.

Nous prenons le petit déjeuner tranquillement dans une grande salle de la villa principale, avec au programme confitures maison, jus d'orange frais et des bons petits pains et gâteaux. Tout pour bien commencer la journée.

Le programme de notre journée va nous mener de Trapani à Marsala pour voir les moulins des marais salants, soit la Via del Sale ou en français la route du sel. Depuis que j'avais vu des images de ces moulins et marais salants typiques avant notre voyage sur le net, je voulais absolument les voir en vrais. Et c'est vraiment à faire absolument.
En faisant ce billet, j'ai eu beaucoup de mal à trier les photos et ne pas toutes les mettre, tellement ces moulins sont photogéniques.

Notre parcours nous aménera à longer la côté Ouest.

Les marais salants s'étendent de Trapani à Marsala quasiment (côté ouest de l'île) et couvrent une zone d'environ 970 hectares. Certains sont encore en exploitation, et la zone des marais est une réserve naturelle gérée par le WWF depuis 1995. Cette gestion par le WWF permet la restauration des moulins, qui souvent tombent en ruine, comme vous le verrez. Mais cette gestion fait de cette zone aussi une très belle réserve animalière riche en oiseaux type échassiers, flamands, faucons pêcheurs... et toutes sortes d'oiseaux migrateurs.

La récupération du sel dans la région date des phéniciens, le sel était alors essentiel pour la conservation des aliments. Le port de Trapani a alors vu croître son importance au XIIème siécle avec l'exploitation du sel, considéré comme le meilleur d'Italie. Aujourd'hui encore ce sel est considéré comme un sel de luxe, très utilisé dans la haute gastronomie.
Contrairement au sel de Guérande légèrement gris, sauf pour la fleur de sel, le sel de Trapani et de la région est très blanc. Ce blanc est vraisemblablement du au fait qu'il fait plus chaud qu'en France, et donc que l'évaporation étant plus rapide, le sable n'a pas le temps de se déposer sur le sel.

Nous ne visiterons pas la ville de Trapani, et oui encore, mais comme je disais on ne peut pas tout voir en 15 jours, il faut faire des choix, sauf à tout faire au pas de course. Par contre depuis les salines, on peut voir le fort Lazzaretto à la pointe Est de Trapani. Comme quoi les 1ères salines sont vraiment quasi aux portes de la ville.

Dans la 1ère partie des salines, soit celles les plus proches de Trapani, beaucoup de moulins sont encore en ruine. Comme je le disais précédemment c'est grâce à l'intervention du WWF que certains moulins ont été rénovés.
Mais l'exploitation du sel dans la région se fait avec des techniques plus modernes, qui n'appelent plus l'utilisation des moulins.

Les moulins des salines sont de 2 types : majoritairement hollandais avec leur 6 ailes trapézoïdales et américains avec leur 24 ailes en fer (mais beaucoup plus rares). Ils étaient entretenus par des curatolo, sorte d'homme de confiance du propriétaire, qui les embauchait à l'année. Ensuite, on trouvait de nombreux saisonniers embauchés eux pour la période de récolte du sel.
Les moulins servaient pour apporter l'eau dans les salines, mais aussi à broyer le sel dans leur meule.
Aujourd'hui les moulins ne sont plus autant utilisés. C'est devenu une activité artisanale. Nous sommes loin des heures de prospérités que la région a pu connaître.

Ci-dessous un moulin hollandais en cours de restauration.

Comme dans les salines de Guérande, Noirmoutier ou de Camargue, on retrouve le système des oeillets, qui permet de faire circuler l'eau jusqu'à son évaporation complète dans les derniers oeillets où s'effectue la dernière évaporation et la récolte. Nous n'aurons malheureusement pas l'occasion de voir une récolte.
Au loin toujours le fort Lazzaretto de Trapani.

Comme je le disais le fonctionnement des salines de Trapani est la même que celle des salines de Guérande, Noirmoutier... L'eau de mer remplie d'abord un bassin que l'on appele fridde, soit la vasière chez nous. Ce 1er bassin d'évaporation est un peu "profond", il sert principalement à faire décanter l'eau et d'éliminer les particules. L’eau de mer grâce à un système de vis d'archiméde et des moulins va traverser ensuite différents bassins : le caure, le vasu et le sintine qui correspondent à peu près aux cobiers, fards et adernes chez nous.
Et enfin l'eau de plus en plus concentrée en sel arrivent dans les casseddri soit les oeillets, où s'effectue la récolte du sel et de le fleur de sel.

Petit moulin clown de bords de route

En poursuivant la route, vous trouverez le musée du sel. C'est un petit musée sans prétention mais très intéressant, dont l'entrée vous coûtera de 1,5 euros pour les enfants à 2,5 euros pour les adultes.
Il se situe dans une ancienne maison de salin vieille de 3 siècles.

Malgré sa petite taille (c'est une double très grande salle) vous y apprendrez beaucoup de chose sur la récolte du sel dans la région. On y montre des instruments et outils, et des photos des saliniers à diverses époques. Vous pourrez avoir une visite guidée avec la  personne de l'entrée.
Et vous pourrez y acheter le fameux sel de Sicile. Il a beau être le meilleur sel de Sicile, il n'est pas si cher que cela.

A l'extérieur et tout autour du musée, se trouve la zone appelée Saline du Nibia, c'est une des salines que vous pourrez parcourir à pied, et qui permet de voir la conception et les différentes phases de saliculture.

Installé entre les 2 friddes, se trouve un moulin américain, il est équipé d'une vis d'Archiméde qui fait remonter l'eau dans le réservoir (le vasu cultivu).

A ce stade, on trouve sur les bords des basins différentes plantes comme la salicorne, l’Halimione portulacoides, la soude...

 

La récolte du sel se fait en fin d'été, et continue de se faire manuellement comme chez nous.

La meilleure saison pour voir les salines sont l'été où le soleil et le ciel bleu réhausse, la couleur rosée de l'eau salée dans les oeillets, et si vous avez la chance de les voirs dans le couché du soleil c'est encore plus beau.

On trouve ensuite d'immenses amas de sel se reflétant dans les casseddri (soit les oeillets).

On trouve aussi un peu partout des tas de tuiles sur les bords des exploitations.

Ces tuiles servent à protéger les tas de sel de la pluie et des saletés. J'avoue que c'est un peu plus joli que les grandes baches mis sur les tas de sel du côté de Guérande, mais la météo n'est pas la même non plus.
Ici, ce sont nos 1ers nuages en Sicile, pas de quoi fouetter un chat. Le ciel est reste majoritairement bleu et la température élevée, mais surportable grâce à l'air de la mer.
Pour favoriser l'évaporation, les salines sont dans une des régions les plus "ventée" de Sicile... enfin il fait bon.

Après cette visite, nous reprenons la route direction Marsala. Nous prendrons le plus court chemin afin de revenir tranquillement par la côte.
Sur le chemin, un mini potager de tomates et cornichons avec un sympathique épouvantail.

 

Après quelques kilomètres, nous voici arrivés à Marsala.

Marsala c'est d'abord une ville, mais bien évidemment aussi le nom du fameux vin de Marsala.

Avant Marsala, il y eu Lilibeo, qui fut une ville phénicienne fondée au VIIème siécle av JC. Détruite, puis conquise par les arabes en 830, c'est de cette époque qu'elle tient son nom définitif de Marsala, dont le nom dérive de l'arabe : à l'origine « Mars al-Allah », soit le "port de Dieu".
C'est pour cette raison que vous lirez dans certains guides, que c'est une ville considérée comme africaine, en raison de sa forte population tunisienne... là j'avoue que je m'y connais peu en architecture, mais pour connaître un peu la Tunisie, je n'ai pas eu cette impression. On reste clairement en Sicile. peut-être y voit-on une influence d'Afrique du Nord à la rigueur.

Sur la grande place au coeur de la vieille ville, appelée Piazza della Republica (photo ci-dessus), on peut admirer à l'est l'hôtel de ville, soit le Palazzo VII Aprile. Ce palais est l'ancien palais sénatorial, construit à la fin du XVème siècle, qui fût reconstruit en 1756. Il ne reste que la façade du bâtiment d'origine qui se caractérise par 2 étages à arcades surmontées d'une tour clochet.

Sur le côté de l'hôtel de ville, se trouve la Chiesa Madre, l'imposante cathédrale de Marsala, appelée aussi parfois l'Eglise du Purgatoire. Sa construction a été faite en plusieurs fois à partir de 1178 sur les fondations d'une petite église normande. Son imposante façade en tuf ornée de statues n'a été achevée qu'en 1956.

Détail de la façade de la Chiesa Madre.

L'intérieur de la Chiesa Madre présente de nombreuses oeuvres des Gagini dont une belle icône d'Antonello Gagini et une délicate Vierge de Domenico. C'est une grande église très lumineuse.

 

A droite (photo ci-dessus) : un détail de la chapelle dédiée à la Sainte Trinité, dont le tableau du 18ème siècle représente deux Saints carmélites à genoux devant la Sainte Trinité, au devant duquel se trouve une statue de Sainte Thérése d'Avila.

Lors de notre visite, l'intérieur était en pleine décoration pour la célébration d'un mariage (photo ci-dessous de gauche).

 

A droite (photo ci-dessus) : la chapelle de la crucifixion dont le Christ crucifié oeuvre de Antonino De Crescenza sculpteur et peintre de Marsala, date de 1492, au devant duquel se tient notre Dame de la Tristesse.

Ci-dessous en sortant de la Chiesa Madre, un détail de la façade de la caffetteria appelée Grand'Italia.

Après cette visite, nous avons pris la rue menant à la Puerta Nuova (que l'on aperçoit au bout de la rue), en quête d'un restaurant, et de quelques photos de rue.

 

Nous sommes proche de la région des marées salants, l'occasion de quelques décoration murales en porcelaine, au détour de l'entrée d'une maison de ville.

Presque arrivé à la Puerta Nuova, on découvre sur la droite le Palazzo Fici (photo ci-dessous), un batiment du XVIIIème siécle, dominé par un balcon baroque.

Nous avons trouvé peu de restaurants intéressants de ce côté, et j'avoue que nous nous sommes arrêtés manger plus parce que c'était l'heure pour nos filles, dans un restaurant peu convainquant et dont j'ai même oublié le nom.

Mais la chaleur aidant, ce fût l'occasion de tester une des spécialités de Sicile : la brioche garnie de glace (gelateria con brioche). Surtout à ne pas manquer, à tester au moins une fois... voir plus ;o), car c'est assez sympa, surtout avec une bonne glace vanille.

Au final, en dehors de la Chiesa Madre nous n'avons pas beaucoup visiter Marsala. Le temps court et nous voulions tenter d'aller vers Mozia.

Des 4 portes autour de Marsala, il n'en reste plus que 2 : la Puerta Nuova que j'ai évoqué plus haut, et la Porta di Mare, soit la porte de la mer, connue aussi sous le nom de Garibaldi, dont la rénovation date de 1789, et sur laquelle trône un aigle couronné (ci-dessous).

 

Au détour d'une rue, un kiosque à jounaux.

A gauche (photo ci-dessous) : le Complesso Monumentale di San Pietro, dont la photo devrait être avec celles de la Piazza della Republica, puisque c'est de cette place que j'ai pris cette photo... mais l'organisation des photos n'était plus optimale dans ce billet. Bref !
Il s'agit d'un ancien monastère devenu un centre polyvalent comprenant la bibliothéque municipale, une salle de conférence et d'exposition, une ludothéque...

 

Après cette rapide visite, nous reprenons la route en longeant la côté pour remonter vers Trapani.

En Sicile, tout peut devenir une plage. Comme je vous l'avez montré à Siracussa avec les échafaudages plages, en remontant le long de la côté nous sommes tombés sur des micro plages. Enfin des bouts de roches ou des pontons de bois, dont les siciliens profitent comme de vraies plages.
Tout est bon pour se prélasser en bords de mer... et ils auraient torts de s'en priver !

Nous arrivons à l'Imbarcadero Storico, biensûr il est bien trop tard pour tenter de prendre un des bateaux pour l'île de Mozia. C'est de cet embarcadère que partent les bateaux pour visiter les îles de Mozia et de Stagnone.
La traversée ne dure pourtant qu'une dizaine de minutes avec un départ toutes les 1/2 heures, mais là il n'est plus temps.

Sur un des bateaux, le drapeau de la Sicile et de l'Italie.
De ce que j'ai pu lire, le drapeau de la Sicile représente, une gorgone à trois jambes, la Trinacria, qui représenterait les 3 pointes de l'île (Trapani, Syracuse et Messine).

En poursuivant un peu notre route, nous tombons sur les paysages de cartes postales avec les plus beaux marais salants et les plus beaux moulins.

 

La technique de récupération du sel à cet endroit des marais salants entre Trapani et Marsala est la plus moderne. Mais on retrouve le même système de couverture avec des tuiles en terre cuites.

Nous rentrons tranquillement vers le gîte où nous dînerons sur la terrasse.

Pour l'occasion, notre dîner outre de goûter des fromages locaux, sera composé d'arrancini, une spécialité de Sicile à ne pas râter. Il s'agit de boulettes de riz fourrées à la viande ou avec des légumes, en général du "ragù" et des petits pois. ça change des pâtes.
C'est ici que nous mangerons les meilleurs de tout notre séjour.

 

Bien évidemment sous l'oeil bienveillant de notre petit compagnon du gîte pour lequel nous avons tous craqué.

Logement :

Azienda agrituristica Tenuta Pizzolungo

C'est une exploitation agricole qui propose la location de gîtes au milieu de l'Hacienda. Franchement, nous y serions bien restés plus longtemps. Nous étions au coeur de champs d'oliviers et d'orangers avec permission pour les enfants de ramasser des oranges si elles le voulaient.
Le gîte - appartement que nous avions loués était splendide, propre et assez grand. Nous prenions un petit déjeuner copieux dans une salle de la maison principal avec bien évidemment un jus d'orange frais tous les matins.
L'appartement disposait d'une cuisine, qui aurait permis de faire la cuisine, mais tout proche on trouve à Bortegia (au nord sur la route côtière) un traiteur qui fait des bons petits plats dont les fameux arrancini.
Tarif : 140 euros pour 4

Champs d'oliviers tout proche de notre appartement gîte.

Restaurants :

Déjeuner du midi à Marsala... mais le restaurant n'avait aucun intérêt, et je n'en ai même pas noté le nom.

Diner du soir : pas envie d'aller au restaurant - donc quelques achats en ville et dîner tranquille sur la terrase du gîte. Pour le coup, c'est à Erice, dans la rosticceria Al peperoncino, que nous mangerons en Sicile les meilleurs arrancini.

Lien vers les autres billets :

7 juillet 2012 - Enna et le centre de la Sicile
8 juillet 2012 - d'Enna à Siracuse (en passant par Piazza Armerina)
9 juillet 2012 - Siracuse : Ortigia et la nouvelle ville
10 juillet 2012 - Noto et la côté Sud-est
11 juillet 2012 - l'Etna
12 juillet 2012 - Siracuse grec
13 juillet 2012 - Scicli
14 juillet 2012 - Agrigente et la Scala dei Turchi

15 juillet 2012 - Sélenonte et traversée de la Sicile vers Erice

16 juillet 2012 - La via del Sale de Trapani à Marsala

17 juillet 2012 - Escapade à San Vito et 1ère visite d'Erice

18 juillet 2012 - 2ème visite d'Erice pour finir à Trapani

19 juillet 2012 - Monréale et 1ère soirée à Palerme

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Posté par Totchie à 00:16 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
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Commentaires sur Séjour en Sicile - juillet 2012 - La "Via del Sale" de Trapani à Marsala

    Je me garde sous le coude tes billets car cet été nous partons pour la Sicile 3 semaines du côté de Palerme et je compte bien faire le tour de l'Ile de mes ancêtres (mon nom de jeune fille est Messina )

    Posté par philo, 12 février 2014 à 08:18
  • A nouveau de magnifiques photos qui donnent envie d'aller là bas!!!Ces marais salants et ces moulins, superbes! Les villages/villes magnifiques! Et toutes ces gourmandises, hummmm! Mais pas de Marsala???? Dommage, moi j'adore!
    Par contre, en début d'article tu parles de côte est mais ton parcours se trouve sur la côte ouest, non?
    Bonne journée, Prici

    Posté par prici, 12 février 2014 à 09:47
  • belle photo

    Bonjour,
    De très très belle photo.
    je vais régulièrement à MARSALA, Si tu dois retourner se sera avec plaisir que je t'indiquerai ou aller manger car il y a beaucoup de restaurant mais il faut les connaitre.

    Posté par Olivier, 23 février 2015 à 14:41
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